ex-nihilo pangs

retrouvée la raison, il te semble 

l’avoir presque oublié, et quand tu y penses

il y a des centaines d’explications

toutes fort rationnelles: 

petit dérèglement passager

esprit angoissé, corps flottant

trop de sang au mauvais moment.

.

mais voilà qu’au tournant 

des boulevards de ta nouvelle vie

tu sens revenir cette sensation redoutée

le souffle coupé, le corps vacillant

tiraillé  

.

(“reviens et prend-moi, sensation bien-aimée!”) 

.

il est inutile d’appeler le corps à la mémoire:

le corps n’oublie jamais. 

il te dit:

.

“souviens-toi de ce corps,

ce corps magnifique portant trop lourd fardeau

et de ces rares moments de tendresse 

que t’offrirent ces yeux, 

avant que le mépris ne s’en empare. 

.

surtout souviens-toi de ce moment

ce seul moment où le désir fut comblé

comment tu te laissas abandonner dans ces mains,

souviens-toi!

à quel point tu étais prêt à te livrer

à ces lèvres qui furent avides

avant de t’éviter

.

est-ce vraiment une faiblesse,

des coups de mort portés au coeur? 

si cette douleur est la vie même, 

sens-la brûler 

sens déborder le sang”

warm beer and cigarettes

Your mouth tasted like

warm beer and cigarettes 

and I couldn’t help feeling sad 

every time you came close to me 

searching for inebriated

carnal touch. 

I slipped away but finally gave in

and as we kissed I wondered

what kind of poem would this moment give birth to?

would it be a joyful description of a happy day

ending in tragedy, like Tarkovsky would do? 

or rather a kavafian blend 

of desire and nostalgia

ως ταιριαζα πολυ? 

but your mouth tasted bitter

like warm beer and cigarettes 

and nauseated I unraveled my body from your body 

deciding that whatever poem would sprout 

I was not willing to write it.  

in hora mortis meæ voca me

à l’heure de ma mort

toutes les belles choses

et la beauté elle-même

viendront défiler devant mes yeux

.

j’aurai alors toute la sérénité requise 

pour les apprécier telles qu’elles sont

et émerveillé j’exclamerai

mais où étiez-vous toute ma vie?

à quoi elles répondront

nous étions là, ne nous as-tu pas vues? 

.

ah, non, dirai-je

pas de cette façon, non

je me suis caché de vous, je crois,

un peu pour rire

un peu pour ne pas mourir

enfantines offrandes

je lui donnais toujours des lettres,

des poèmes et des extraits de chansons

comme d’enfantines offrandes à un dieu insoucieux

je l’imaginais en train de les lire

dans une indifférence teintée de pitié

sans pouvoir s’empêcher de trouver ça ridicule

à raison

.

mais je les lui écrivais quand même

toutes ces lettres, ces poèmes

et ces paroles de chansons

enfantines offrandes à un dieu insoucieux

tentatives éperdues d’échapper à l’oubli

par la recherche du mot juste, 

car si le mot juste le touche

qui sait, pour lui

j’existerais enfin

les amants morts

les amants morts

ensevelis sous les décombres

me tiennent par la cheville

et m’empêchent de marcher

.

les amants morts

colonisent ma gorge 

se cachent sous mon lit

m’envahissent le repos

lessive lascive

la maison est à nous

et nous sommes tout nus

dans le lit, dans la salle

à manger

nous discutons dans la chambre

à coucher

je te suce sur la machine

à laver

.

sous ce plafond plus vaste

plus illimité que le ciel

tu n’es qu’une rue

observe-moi, rue de charenton, pendant que je tourne le dos à celui que j’aime, à celui qui a réveillé en moi des torrents longtemps retenus, aux mystères qui se pointent dans la vie, à l’inattendu, et que je me dirige vers la gare de lyon.  

je te monte, rue de charenton, à larges pas, derrière-moi la station bastille s’éloigne, là où je l’ai embrassé une dernière fois et sans le regarder dans les yeux je suis parti en courant, j’ai regagné la surface et j’ai soufflé, et j’ai pris la route de tes trottoirs insignifiants, rue de charenton.

tu n’as rien de spécial, rue de charenton, la douleur qui crie dans mon coeur se mêle à des remarques mentales sur ton manque d’appas.  Un petit restaurant libanais, ça n’a pas l’air très bon, non, une boucherie halal avec une vache qui montre sont derrière dessinée sur la porte, c’est affreux, et il était là, j’étais dans ses bras, je l’ai poussé et je suis parti en courant, sans lui dire mot à part un “à bientôt” essoufflé.

bientôt ne viendra jamais, rue de charenton. en marchant j’imagine la suite: séparés par un océan, nous nous écrirons encore quelques fois, les écarts de plus en plus longs - désolé de t’avoir pas écrit avant, tu sais, j’étais très occupé, ne m’en veux pas. nous avalerons à compte-gouttes l’oubli.

je t’entends rire, rue de charenton, à me voir détourner mon chemin subitement, et je cours vers la station, la station bastille, presque inconsciemment. tu ris parce que tu sais, rue de charenton, qu’il est parti, que mon effort est inutile, mais je descends les escaliers et je regarde le vide au delà des portillons d’accès - sans lui, je peux dire adieu et remonte, ça me suffit.

je te sens cruelle, rue de charenton, quand tu te moques de mes larmes - je les laisse néanmoins couler sans honte, et peu m’importe si tu es le témoin de ma maladresse, si mes états d’âme te font sourire: tu n’es qu’une rue et j’ai un train à prendre, rue de charenton, j’ai un train à prendre.  

k

deux mots échangés, 

et il saute aux yeux:

je t’ai perdu quelque part

entre le fétiche

et la plus-value.

le capital nous a conquis

tandis qu’en toute fadeur

insouciance et solitude

j’ondoyais

égaré dans ma poursuite

d’une vie moins indo-européenne

fachoda

le temps est matière, je le sens quand il passe, chaque instant, je le sens quand il me flagelle, me mutile, il est matière, solide et dense 

il brûle à présent, comme des braises besognes, le temps méchant, sournois il crame, dans les flammes je feins froideur, (dans ma bouche se faufilent quelques gouttes de sueur) 

le temps est lourd, je le sens peser, sur mes épaules, il pue la mort, il pèse des tonnes, le temps est dur, est immobile, immuable

le jour s’approche et les jours ne servent plus à rien, le temps courbe mon échine, il m’assujettit, je suis à lui, mon corps se fane, je suis à lui

le temps sèche le fleuve qui le dérange tellement, le temps veut s’emparer du nil, le temps me chevauche à la cravache, sa bride d’enfer m’écorche la jugulaire

pidgin pagaille

derrière mon récit mezzo hystérique 

se dérobait la peur pure et simple

shou bkhaf ana, shou bkhaf

mais tu ne sus pas déchiffrer

mon pidgin pagaille

mes phonèmes sont pour toi étrangers.

tu fus hautain,

avec tes sons sensés bien enchaînés

et enragé je dis adieu,

plutôt la mort que l’éloquence